dimanche 1 avril 2012

Pourquoi un Québec fondamentalement matriarcal?


Les femmes jouent un rôle important, dominant même, dans la famille et la société québécoise. Comment l'expliquer?

 Normand Lester, de Yahoo Québec Actualités, écrivait dans sa chronique du 16 juillet 2012  « ... tout le monde sait qu’ici au Québec, nous sommes depuis toujours une société dominée par les bonnes femmes.  Le manifeste de la CLASSE montre clairement qu’elles sont aussi les « bosses » dans le mouvement. »

 Depuis 50 ans, plusieurs observateurs, qu'ils soient sociologues, historiens, ou journalistes, effectuent un constat analogue. Un Français de mes amis, anthropologue de formation, a vécu dans une dizaine de pays différents en plus de la France: Espagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Argentine, Japon, Allemagne, etc. Au Québec, selon lui, les hommes sont étonnamment peu machos et les femmes ont une place dans la société sans pareille ailleurs en Occident. Mario, me demandait-il, comment le comprendre?

Trois particularités historiques l'expliquent.

1) L'éducation féminine
Des femmes plus scolarisées que les hommes.

Les élites de la Nouvelle-France, bourgeoisie et noblesse, sont retournées en France en 1760 après la conquête britannique. Seul le clergé catholique est resté au Canada, prenant un rôle de leadership dans la société qu'il devait garder pendant deux cent ans.

 En Europe et aux Etats-Unis, les hommes étaient plus scolarisés que les femmes dans les couches populaires de la société jusque dans la première moitié du vingtième siècle. Un peu à la manière de ce qui se pratique de nos jours en Afrique, en Inde ou en Amérique Latine. Mais au Canada français, pour les études de niveau primaire ou même parfois secondaire, la situation était inversée.

 Le clergé, qui contrôlait l'éducation, attachait beaucoup d'importance à celle-ci, autant pour les garçons que pour les filles. Mais son influence n'était pas suffisante pour contrebalancer les impératifs économiques. Alors les garçons restaient sur la ferme ou à l'atelier pour aider leurs pères tandis que les filles continuaient à étudier. Cette situation était la norme dans les familles paysannes du Québec.

Prenons l'exemple de mes parents, tous deux élevés sur des fermes. Mon père n'est allé que trois ans à l'école tandis que ma mère était institutrice avant de se marier. Autant dans la très nombreuse famille de mon papa que dans celle, non moins nombreuse, de ma maman, les femmes sont plus instruites que les hommes. L'exception se trouvait pour les études de niveau universitaire, droit, médecine ou théologie, qui étaient réservées aux hommes.

La journaliste et écrivaine féministe Denise Bombardier affirmait en 1996 lors des Rencontres philosophiques de l'UNESCO: « Le Québec est une société matriarcale, c'est un matriarcat psychologique. » Faisant référence aux études de niveau primaire, elle ajoute: « Cela s'explique en partie parce que les femmes étaient plus instruites que les hommes dans le passé. »

Dans une famille québécoise typique, les femmes tenaient la comptabilité et géraient les finances . Elles écrivaient aussi les lettres et avaient donc la haute main sur les « relations extérieures » de la maisonnée.

Cette tradition de plus grande éducation pour les filles que pour les garçons se maintient aujourd'hui. Le taux de décrochage scolaire au secondaire est plus élevé pour les gars que pour les filles: 40 % pour les garçons et 28% pour les filles dans les écoles publiques de Montréal, par exemple.

 Et maintenant que les femmes ont un libre accès à l'université, elles représentent 60% des diplômés. En 2009 au Québec, 34% des femmes de 25 à 34 ans possédaient au moins un diplôme universitaire de premier cycle, par rapport à 26% des hommes.

De 1760 à 1960, pour les études de niveau élémentaire, les filles dominent et cette situation est exceptionnelle sur la planète. Pour les études de niveau universitaire, les garçons sont plus nombreux jusqu'en 1970. Actuellement et depuis de nombreuses années, plus de filles que de garçons ont complété des études secondaires, collégiales ou universitaires.


2) L'absentéisme masculin 

En Nouvelle-France, les femmes assumaient seules les responsabilités familiales pendant près de la moitié de l'année. Les particularités climatiques et économiques, de même que l'immensité du territoire, amenaient cette situation.

La chasse, le commerce des fourrures et le travail forestier étaient des sources majeures de revenus pour les paysans (on les appelait habitants) de Nouvelle-France. D'autre part, pendant les longs hivers les travaux de la ferme étaient très diminués.

En Europe, les hommes restaient sur leurs terres et dirigeaient la maisonnée pendant la saison hivernale. Au Canada, ils partaient au loin travailler comme bûcherons, chasseurs ou trappeurs. Pendant leur absence, la femme s'occupait entièrement de la gestion de la maison et de la vie familiale.

3) Un ratio hommes-femmes élevé

 En 1666 en Nouvelle France, il y avait quinze hommes pour chaque femme. Soit  94% des habitants âgés de 16 à 40 ans qui étaient de sexe masculin et 6% seulement, de sexe féminin. C'est pourquoi l'intendant Jean-Talon fit venir les Filles du roi afin de rééquilibrer le ratio hommes/femmes. Malgré cela, il y eut jusqu'à la Conquête, époque où cessa l'immigration en provenance de France, une majorité d'hommes parmi les francophones du Canada.

Cet état de fait, selon un principe bien connu en économie, où la valeur d'un bien ou d'un service dépend en partie de sa rareté, rendait les femmes précieuses. En Nouvelle-France, les femmes étaient extraordinairement importantes et il fallait leur faire attention!

Cet état d'esprit s'est maintenu dans l'inconscient collectif de la société même après que l'équilibre hommes femmes eut été rétabli au XIXème siècle.

En conclusion...
 Des femmes instruites, des hommes absents et un ratio hommes/femmes élevé expliquent le rôle fort joué traditionnellement par les femmes dans la vie familiale de même que la perception favorable de la société québécoise envers ses membres de sexe féminin.


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Pour ceux qui souhaitent lire d'autres points de vue sur le matriarcat au Québec, je suggère de jeter un coup d'oeil aux articles suivants...
La société Radio-Canada et son animatrice Catherine Perrin nous proposent une table ronde radiophonique sur le matriarcat en Amérique du Nord.

Sur le matriarcat ailleurs dans le monde...

Pour obtenir un point de vue plus général, on peut lire l'article matriarcat dans Wikipédia.


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Citation du jour

« Ce que femme veut, Dieu le veut. »
Proverbe français

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8 commentaires:

  1. Très bon article! Vous présentez une réalité que les idéologues féministes veulent ardament garder sous la chappe de plomb. Autrement tout leurs beaux mythes de la pauvre femme éternelle victime passive fait patate et elles on l'air de ce qu'elle sont des sottes.

    Je suis partisant de ce matriarcat et de le renforcer. Je partisant d'enfinir avec le faux-fini patriarcal dont il est affublé pour fermer le clappette une bonne fois pour toute à cette racaille d'idéologue misogyne que sont les folleministes. Leur dénigrement de la maternité en en faisant un esclave , un eoppression. Leur mépris et leur dévalorisation pour la culture féminine et leur survalorisation des rôles masculin (pourvoyeur) et de la culture mascusculine me dégoute. Elle sont responsable du suicide collectif dénataliste et du non renouvellement des population.

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  2. J'ai moi aussi vécu dans plusieurs pays et je suis totalement d'accord avec l'affirmation selon laquelle les femmes au Québec ont une place dans la société sans pareille ailleurs. Ce qui est intéressant dans votre article, c'est que vous expliquez POURQUOI cet état de fait s'est produit au Québec. Merci pour votre analyse!

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  3. Et moi je vous remercie pour votre commentaire Nicolas.

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  4. ca semble vrai . . les homes sont bon a qoui boire de la biere parlez sexe et sport . en fait . cest pas sur .

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  5. La majorité des articles sur la question du matriarcat au Québec discutent de sa réalité ou de son absence de réalité.

    Ce qui est original dans votre billet est que vous mettez le focus sur les causes historiques de la place importante des femmes dans la société québécoise sans tomber dans les arguties à savoir si cette place importante relève ou non du "matriarcat".

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  6. Bonjour,
    Ça fait longtemps tout ça, mais en tout cas, je propose d'ajouter un autre élément socio-historique dont peu de gens ont le réflexe d'imaginer.

    Pendant plus de deux siècles, les Canadiens ont été très très proches, même alliés ou mariés, à d'autres peuples : les Amérindiens! Depuis 400 ans, il a été relevé même par des étrangers que plusieurs caractéristiques culturelles ou sociologiques chez les canadiens, nos ancêtres, ont forcément été inspirés par les diverses nations amérindiennes. Il faut noter chez plusieurs d'entre-elles les caractéristiques de la prépondérance de la femme ou l'égalité des genres.

    Donc, j'oserais parier que cet élément aussi a joué un rôle pour la construction d'un certain matriarcat dans notre société.

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  7. Je n'avais jamais réfléchi à ce que vous venez de dire... Mais vous avec raison! L'interaction avec les nations amérindiennes, tout particulièrement à l'époque où les premiers colons français vivaient en couple avec des femmes autochtones, a influencé fortement la dynamique homme-femmes en Nouvelle-France.

    Je crois que je vais réécrire mon article en ajoutant le point que vous apportez.

    Merci pour votre contribution! :)

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